|
||
|
To comment scroll to the bottom of the entry. Your e-mail address and URL are optional fields.
2005 11 06
Décoder le pas
par Sophie Le-Phat Ho
Bien sûr, nous lisons Montréal constamment ou, plutôt, nous sommes appelés à l’interpréter à tout moment – une carte mentale particulière de la ville se dévoile et se permute à mesure que nous marquons le pas. C’est ce pas qui, encodé par notre interprétation de la ville, peut révéler ces histoires qui colorent Montréal. Dans cette perspective, une lecture de la ville devient un décodage du pas. Qui dit code dit règles, et c’est sous cet angle que j’aimerais aborder la performativité de la ville – comment désorganiser l’encodage du pas, faisant en sorte que nous arrivons à faire de la lecture un acte? ![]() Revenons à cette carte – immatérielle, mais non abstraite pour autant. Pour ma part, faisant partie de l'exercice de décodage, les endroits qui ne figurent pas sur cette carte sont aussi intéressants que les lieux qui y sont présents, sinon plus. Les toits, les ruelles, les buissons non aménagés, les viaducs, et même le bord des autoroutes en marge de la ville – c’est qu’on y trouve fréquemment des... œuvres d’art. Souvent, des graffitis, des objets abandonnés, mais simplement, et surtout, la prise de conscience d’un espace produit collectivement parmi les gens présents (et avec ceux qui y étaient avant) – qu’est-ce que l’art, finalement, autre qu’une prise de conscience? Par exemple, une promenade guidée, organisée par CLAC (Convergence des luttes anti-capitalistes)-Logement dans le cadre d’une recherche historique des quartiers ouvriers de St-Henri et Petite Bourgogne, invite les personnes intéressées à découvrir ainsi les différentes étapes de la résistance populaire du quartier à travers un parcours d’édifices et de lieux clés... Comme marcher le long du canal Lachine, re-créant les pas des ouvriers en grève successivement entre les 19e et 20e siècles, alors que les condos de luxe poussent aux hormones à côté de nous... On tourne, c’est le fameux marché Atwater – qui change au gré des habitants (plus aisés) qui s’installent dans le voisinage – ensuite, cap sur la grande rue Notre-Dame ou la "Rue des Antiquaires"... Comme plusieurs, j’ai toujours trouvé un certain charme à cette rue aux nombreuses boutiques d’antiquités. Mais comme derrière toute romantisation se cachent souvent des voix muettes, pas question de voir cette rue du même œil à présent, après avoir pris connaissance des nombreuses histoires d’expropriation qui peuplent et ont rendu possible l’existence de ces boutiques... (En même temps, la résistance populaire se poursuit toujours.) Dans un autre style, le pas se désorganise par l’acte d’habiter la ville – le quartier comme lieu d’intervention d’art public et de déambulation poétique et collective, un moment rare où un espace public est non pas visité, mais créé par les échanges spontanés et la nouvelle relation développée avec le lieu, que celui-ci soit le quartier St-Henri encore, ou le Mile-End, un autre carrefour de la gentrification. Dans un cas similaire, il s’agit d’aller à la recherche de la "nature" dans la ville – comme le projet Nomadic Walker, qui nous incite à laisser aller son intuition cartographique pour retrouver aléatoirement le paysage écosystémique de la ville, et ainsi faire effondrer la soi-disant dichotomie entre nature et ville. Il existe aussi l’exploration urbaine pure et dure qui, elle, vise à découvrir le paysage urbain caché de Montréal ou bien, d’un aspect plus sportif (extrême), à le traverser de manière aussi fluide que possible. En outre, on peut même faire du décodage de pas une profession, apparemment. Dans toutes ces circonstances finalement, la lecture de la ville devient performance et prise de conscience. Elle devient aussi une tentative de contrer et de déstabiliser cette codification, cette réglementation du pas – ironique processus où le pas, alors qu’il est engin de mouvement, est fixé par des règles (dictées par le capital ou autre) prenant la place d’omissions de certaines histoires passées comme futures (ou émergeantes). En bref, il s’agit de chercher, inlassablement, cet acte qui fait en sorte que le pas demeure synonyme de mouvement. __--_- Suite à ce texte, je proposerai un récit (dans les deux langues) à chaque jour de cette semaine par un auteur différent – des artistes, théoriciens et/ou activistes... qui m’entourent et dont je m’entoure. En résonance avec les thèmes soulevés ci-haut, vous y retrouverez des problématiques communes, mais développées avec des styles très différents (et des fois opposés). On parlera nécessairement d’espace public, ainsi que de relationnel. On y abordera de façon critique la culture visuelle de Montréal (par ex: Poster Culture) ou sa psychogéographie (par ex: Ghosts of Geography and the Montreal Wireless). À plusieurs reprises, on défendra le quotidien, le hasard, la déambulation (par ex: Flâner), et on réfléchira aussi sur les mouvements codés de la ville – mouvements de personnes, de capitaux, d’information (par ex: Hacking the City). Une ville qu’on rencontre (par ex: Marcher vers des hasards relationnels), qu’on quitte (Mont Real : Creation)... Autant de perspectives comme de multiples couches et actes de décodage de notre ville. [email this story] Posted by Sophie Le Phat Ho on 11/06 at 04:39 PM
Next entry: Marcher vers des hasards relationnels Previous entry: Crowds flooded |
Think Montreal
Reading Montreal is an online community dedicated to the culture that shapes our city.
Other Montreal Blogs
Montreal City Weblog
Zeke's Gallery.com
Yulblog
Midnight Poutine
ni.vi.ni.connu
|
Syndicate
|